Les enjeux d'une politique du jeu...

Publié le par Pierre GAPENNE

Les enjeux d'une politique du jeu...

             

         

L’institution du jeu, l’esprit de jeu, le sens du jeu et l’essence du jeu

                Entre les contraintes des règles de la nécessité et les possibilités des libéralités de la liberté, la notion de jeu se  présente à nous comme une institution culturelle de la Nature qui nous  rend capables de nous civiliser. En effet, il semble bien que les habiletés que les jeux développent en nous, nous découvrent des talents qui resteraient cachés sans eux et que les virtualités qu’ils mettent en scène, nous exposent à des tentations que nous serions incapables de refouler. Le jeu nous fait faire des apprentissages par avance qui nous permettent d’entrer dans les expériences de la vie en nous apprenant en même temps à savoir nous en déprendre. Au travers des questions de  société, de l'esthétique, de l'éducation, des problèmes de la  justice et de l'économie, nous nous demanderons ce qu'est le  jeu ? Quelle en est l'essence ? Quels sont les enjeux d'une telle remise à jour ? 

1) L’institution du jeu : l’économie des affects et des passions comme institution de la Nature.

                                    Les passions de l’âme de René Descartes.

                               a) Hiérarchie des différentes institutions

                               b) Le langage comme institution des institutions : les grammaires

                2) l’esprit de jeu : avec ou sans règles, le langage, ses usages et ses significations

                3) le sens du jeu : la réussite ou l’échec ; l’impasse, l’aporie ou l’issue et la félicité

                4) l’essence du jeu : le schématisme probabiliste ou la connaissance par le jeu qui redouble l’art caché dans les profondeurs de l’âme

                5) jeu et liberté : la justice et le jeu

                Les activités de jeu se distinguent d’abord du travail, jouer, ce n’est pas faire ou fabriquer. Le jeu n’a pas cette marque de sérieux du travail : l’homo faber est un animal laborens et un animal rationnel qui est assigné à des tâches pour produire des œuvres. L’homo ludens implique dans ses activités une dimension imaginaire qui se rapporte à la fonction de l’imagination laquelle n’a pas vocation à produire quelque chose sinon un plaisir ou un délassement. Par ailleurs, c’est par les jeux intuitifs de l’imagination créatrice que s’accomplit le travail de l’intériorisation de nos schèmes de conduite et du rêve : la métaphorisation, la condensation et le déplacement produisent des dispositions et des dispositifs de règles. Si le but du jeu est une réussite, ce n’est pas une œuvre. Le jeu se distingue également de l'art dont la vocation est de créer des chefs-d-œuvres. Dans le travail, nous avons à faire à des rapports de force. Le jeu nous apprend à nous déprendre d'un rapport de force, à nous dépayser : le rapport délié et désintéressé que le jeu introduit nous libère des entraves psychorigides de la routine des habitudes et surtout de nos préoccupations utilitaires. De façon générale, la liberté dans le jeu, est un concept qui désigne la possibilité d'une action ou d’un mouvement. En mécanique par exemple, on parle de degrés de liberté pour comptabiliser les mouvements possibles d'une pièce. Donner du jeu, c’est ménager une marge de liberté : dans la mécanique, pour que deux pièces de mécanique puissent coulisser entre elles sans se gripper, il est nécessaire de leur tailler des côtes qui soient ajustées pour laisser une marge de tolérance. La notion de jeu désigne à notre attention une espèce de latitude.

                Les activités du jeu, créent des situations qui se distinguent aussi de l’expérience. Dans l'expérience, nous sommes mus par des causes (cause matérielle, finale, formelle et efficiente), dans la situation, essentiellement, nous pouvons avoir de l'initiative. Le cadre du jeu, sa structure, ne se réduit pas au cadre de l'expérience (Erwin Goffman), le jeu virtualise une situation autotélique : chaque sorte de jeu ménage sous une forme de perspective une marque de faveur. 1) Les jeux de compétition ont en vue l’émulation et la lutte. 2) Les jeux de hasard ont en vue de promouvoir la chance. 3) Les jeux d’imitation ont en vue de produire les représentations de spectacles. 4) Quant aux jeux de vertige, leurs buts sont de produire des ivresses ou des vertiges (le goût de l’excessif est typiquement une fonction ludique). Le libre jeu de l'imagination créatrice éveille et incite à effectuer les ajustements de nos interactions induites par les circonstances des situations : ce qu'il met en œuvre, ce sont des affordances. Dans la vie sociale, le jeu est désormais partout et on peut se demander s’il n'est jamais qu'un vulgaire amusement pour ceux qui veulent s'enrichir à bon compte (jeu d’argent) ou qu'un simple divertissement (Pascal) distrayant pour ceux qui s'ennuient ? Les enjeux du jeu nous engagent entre le risque et la chance : le jeu en effet met en jeu des gages qui sanctionnent la réussite ou l’échec. Nous nous demanderons donc encore si les jeux ne sont jamais que des batifolages innocents ou s’ils sont le résultat du défoulement des pulsions de nos instincts secrets et parfois pervers ? Entre les contraintes des règles de la nécessité et les possibilités des libéralités de la liberté, la notion de jeu se présente à nous comme une espèce d’institution de la Nature qui nous rend capables d’apprendre, de nous instruire et de nous civiliser. Au travers des questions de société, de l'esthétique, de l'éducation, des problèmes de la justice et de l'économie, nous nous demanderons ce qu'est le jeu ?  Peut-t-on en déterminer une essence ? Quels sont les enjeux de l’éclaircissement d'une telle (re)mise à jour ?

                - le jeu enfantin : Baudelaire Moesta et errabunda : le vert paradis des amours enfantines ; L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs. Les comptines d’enfants.

                - le jeu comme aptitude à se mettre en situation, comme otium ou schole

                - le jeu comme aptitude à laisser jouer la souplesse de nos prédispositions, de nos dispositions, de notre caractère et de notre complexion : savoir jouer des rôles.

                - le jeu comme système de dispositif de règles d’un idéal régulateur qui s’autorégule : le jeu peut-t-il s’accommoder d’un certain vague dans les règles ?

                - le jeu comme faculté de jouer, de se la jouer, et de faire jouer les ajustements des éléments de circonstance et de règles d’une situation de jeu.

                - le jeu comme une détermination de l'indétermination qui ménage une indétermination dans toutes ses déterminations...

                - le jeu comme illusion et comme désillusion réfléchie, donc, comme ruse, comme tactique ou stratégie et comme art perspectiviste de l'illusion : déjouer et se jouer de.

                - le jeu comme capacité à s'inclure dans une partition : se prendre au jeu.

                - Jouer, c'est reprendre en main la situation, c'est savoir la (re)définir. Dans les jeux d’argumentation de nos délibérations, nous ne nous orientons jamais qu’à mi-chemin de l’inflexibilité bornée de la certitude de celui qui ne transige pas (jamais) et l’indétermination névrotique de celui qui reste perplexe tant que l’évidence ne s’avère pas éclatante.

                - le jeu comme dialectique de l’idéal régulateur du conflit des idées transcendantales antithétiques, notamment l’antinomie de la nécessité et de la liberté… Kant

                 - Le jeu comme puissance native de l'esprit : un art caché dans les profondeurs de l'âme. Anaximandre, Aristote (hylémorphisme) et Kant un schématisme probabiliste.

                - savoir perdre : faire le deuil de sa toute puissance

                - la spécificité de l’acte ludique : les jeux d’influence et d’interaction

                - les pathologies du jeu : conduites et comportements ordaliques. Le goût du jeu peut s’avérer pathologique lorsqu’il devient une passion du risque, une recherche de situation limite : risquer sa peau, risquer sa vie. Au travers des addictions diverses, les prises de risque sont dangereuses. Le joueur de Dostoïevski en est un assez bon exemple. Les risquophiles prennent des risques et saisissent l’occasion en ressentant le plaisir du gagnant, les risquophobes redoutent le sentiment de la contrariété du perdant : ces pathologies de l’excès où il s’agit de se rapprocher de la mort pour renaître. L’émotion subjective suscitée par le jeu repose sur la gaieté du libre arbitre.

                - chez Fichte, la notion de fondement du droit naturel comme sollicitude est le terminus ad quem et le terminus a quo du jeu : une sorte de fair- play de nos libertés

              - Chez Frédéric Schiller, le jeu comme liberté esthétique

              - Homo ludens de Johan Huizinga (1938)

              - Les jeux et les hommes de Roger Caillois (1958)

              - Les jeux de langage de Ludwig Wittgenstein

                - Chez Jean Piaget, le jeu est essentiellement assimilation d’un but primant l’accommodation. Le jeu comme adaptation d’un comportement à une situation.

              - La théorie des jeux de Gaël Giraud : le code des algorithmes

                - Les jeux de la distinction et le snobisme au travers de l’œuvre de William Makepeace Thackeray (Le livre des snobs), au travers de la Théorie de la classe de loisirs  de Thorsten Veblen) et du livre de Pierre Bourdieu La distinction

                Dans les Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme, notamment dans les lettres IX et XV, Friedrich Schiller met assez bien en évidence la dimension spécifiquement humaine de cette notion de jeu tout en la faisant procéder de l’intelligence de notre comportement animal (Buytendijk, L’homme et l’animal). Mettre du jeu dans son je et son je dans le jeu, c’est assigner à son identité une latitude qui nous évite d’être psychorigide et c’est acquérir une capacité à s’inclure et à se prendre au jeu (à savoir entrer dans la danse).Toute amélioration dans l'ordre politique doit partir de l'ennoblissement du caractère : devant le danger de la mort, tout est dans la noble victoire sur soi... Pour comprendre comment la beauté apaise la tension entre l'instinct sensible et l'instinct formel, il y a lieu de scruter dans l'âme humaine les origines de l'action qu'elle exerce : là, la force vivifiante dans les âmes détendues se fait beauté énergique et la force formatrice qui se propage dans l’organisation du système de nos réflexes, se fait jeu pour voir ce qui est jouable. C’est au travers du schématisme, un art caché dans les profondeurs de l’âme,  qui au travers d’un jeu probabiliste de nos évaluations que s’exerce la spontanéité du jeu des facultés, dont l’accord fonde le plaisir esthétique au goût de la beauté, et qui s’appuie sur le libre jeu des facultés de l’esprit de l’imagination et de l’entendement, de l’imagination et de la raison.

                L'objet de l'instinct sensible, c'est la vie, l'objet de l'instinct formel, c'est la forme. L'objet de l'instinct de jeu, c'est une forme vivante : le jeu donne une expression de la liberté. L'homme ne joue en effet que lorsqu'il est pleinement homme et il n'est tout à fait homme que lorsqu'il joue. Au travers des développements des algorithmes des règles du jeu, dans les convulsions de ses contradictions  l'esprit résout les oppositions de ses conflits.

                Reprendre, au travers de l’étude de la notion de jeu, le travail de la psychagogie platonicienne des affects, nous souhaitons mettre en évidence sa dynamique propre : dominer ce qui autrement nous domine (les passions), posséder ce qui autrement nous possède (les usages du langage)...  Pour le sens commun, la liberté s'oppose à la notion d'enfermement ou de séquestration. Une personne qui vient de sortir de prison est dite libre. Le sens originel du mot liberté est d'ailleurs assez proche : l'homme libre est celui qui n'a pas le statut d'esclave. En philosophie, la distinction entre liberté positive et liberté négative exprime un contraste entre deux conceptions de la liberté politique. Selon cette distinction, on peut opposer liberté négative qui est l'absence d'entraves et liberté positive comme possibilité de faire quelque chose. En philosophie donc, en sociologie, en droit et en politique, la liberté est une notion majeure : elle marque l'aptitude des individus à exercer leur volonté avec — selon l'orientation politique des discours tenus — la mise en avant de nuances dont aucune n'épuise le sens intégral : sa formulation est soit négative : où l'on pointe l'absence de soumission, de servitude, de contrainte, qu'elles soient exercées par d'autres individus (comme pour l'esclavage), ou par la société (c'est-à-dire par la Loi). Sa formulation peut être aussi positive : où l'on affirme l'autonomie et la spontanéité du sujet rationnel ; les comportements humains volontaires se fondent sur la liberté et sont qualifiés de libres. Mais sa formulation peut encore être relative : différents adages font ressortir l'équilibre à trouver dans une alternative, visant notamment à rendre la liberté compatible avec des principes de philosophie politique tels que l'égalité et la justice. Ainsi : La « liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (art. 4 de la Déclaration des droits de l'homme), ce qui implique la possibilité de « faire tout ce qui n'est point interdit, comme ne pas faire ce qui n'est point obligatoire » (art. 5), la « liberté de dire ou de faire ce qui n'est pas contraire à l'ordre public ou à la morale publique » (droit administratif) ou encore « La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres » (peut-être inspiré par John Stuart Mill). Dans une telle formulation, la liberté est étroitement liée au concept de droit, allant jusqu'à confondre les deux notions. Cette notion renvoie à une double réflexion : d'une part sur la liberté en tant que questionnement sur la capacité de choisir et de faire, d'autre part comme questionnement sur l'exercice concret de ce pouvoir de choisir et de faire. Dans la mesure où ces deux perspectives se recoupent de diverses manières, leur chevauchement peut provoquer des erreurs d'interprétation dans les analyses et la confusion dans les débats. Il faut donc prendre soin de distinguer les différents sens de ce mot.

               

 

 

             

 

              

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G
Que dire de l'endurance mentale qu'il aura fallu avoir à endosser la fausse identité de nos consciences aliénées aux expériences des mauvais rôles des conditions qui nous sont faites dans les situations d'exploitation ou de domination du travail appauvri et désavoué ?
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G
Par l'écriture (par les signes), pas davantage que par les médiations de nos appareils électroniques (par des images ou des représentations), nous ne saurions jamais fixer tout à fait des certitudes définitives : nous aspirons à ne nous gouverner jamais toujours encore qu'à mi-chemin entre " l'inflexibilité bornée " de celui qui n'ajuste jamais ses règles de vie aux situations qu'il rencontre et " l'indétermination névrotique " de celui qui répugne à entériner ou à assujettir son jugement à des énoncés irrévocables et hésite toujours parce qu'il craint toujours un peu de ne pas avoir tout à fait si bien compris la situation qu'il vit ou qu'il a vécu...
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